Calculer le scope 3 du bilan carbone d’une DSI n’est pas un exercice aisé. Mais l’obstacle peut être surmonté en collectant suffisamment de données fiables et en mettant en place une méthodologie robuste. (Photo DR)

Comme mentionné dans une précédente tribune, le calcul du scope 3 peut être difficile, mais il n’est pas impossible. Tout d’abord, la mise en place d’une équipe dédiée à la RSE ou la nomination d’un.e responsable en charge de la durabilité (i.e. « sustainability ») devient essentielle dans toutes les entreprises du numérique et au sein des DSI. Cette organisation permet de cibler les objectifs en matière de durabilité IT, d’élaborer des politiques environnementales adaptées en la matière et de définir les actions à conduire.

La première étape consiste à identifier et à cartographier les catégories d’émissions du scope 3 en regard de l’ensemble des activités portées par la DSI, qu’il s’agisse des systèmes d’information existants (« legacy »), des projets IT en cours et des modèles d’exploitation associés, en étendant la démarche aux infrastructures et aux applications des métiers. Cette démarche doit inclure les catégories telles que les biens et les services achetés (y compris ceux relevant d’activités de bureau ou administratives), le transport et la distribution, le déplacement des collaborateurs affectés aux projets ou aux opérations, etc. Cette étape de cadrage permet de poser les bases qui serviront ensuite à la mesure, de bien définir le périmètre visé, de graduer les catégories du scope 3 ayant plus ou moins d’impacts et le niveau de difficulté pour obtenir les données permettant de faire la mesure en regard, notamment celles en provenance des fournisseurs IT.

Où trouver des données fiables ?

Une fois le périmètre et les catégories du scope 3 bien définis, il est nécessaire de réaliser un inventaire de l’ensemble des activités ainsi que des composants du système d’information (des petits équipements IT jusqu’aux infrastructures telles que les centres de données, en passant par les serveurs, les PC et autres équipements électroniques des collaborateurs).

L’inventaire réalisé, vient l’étape de la collecte des données pour chaque catégorie du scope 3 associée. Cette étape peut s’avérer particulièrement difficile, car il est souvent ardu de trouver des données fiables. La Base Empreinte de l’Ademe permet d’accéder à des jeux de données publics et officiels de facteurs d’émission et d’inventaire. Elle n’est pas limitée au domaine de l’IT, mais intègre des données sur ce périmètre qui peuvent être complétées avec celles de la base du projet NegaOctet et celles de l’association Boavizta sur l’impact environnemental du numérique. Ces données peuvent aider ainsi à la réalisation d’un bilan carbone de l’IT, à l’accélérer.

En parallèle, il est recommandé d’engager un programme de demande d’information auprès des fournisseurs pour obtenir les données manquantes ou à jour sur l’empreinte carbone des produits et des services achetés auprès d’eux. Une collecte de ces données qui nécessite de mener un travail d’enquête qui peut s’avérer long, avec des résultats plus ou moins effectifs. Ce programme peut être assujetti à des mécanismes d’incitations servant de levier pour embarquer les fournisseurs dans la dynamique. La mise en place de critères de sélection commence à émerger afin que les fournisseurs contribuent également aux efforts et au succès de la démarche.

L’outil ne fait pas tout

Vient enfin le calcul en s’appuyant sur des méthodologies éprouvées et avec, éventuellement, l’aide de sociétés externes spécialisées dans l’évaluation de l’empreinte carbone de l’IT. Sur ce registre, il faut distinguer les sociétés qui accompagnent sous la forme de conseil spécifique à la mise en place de méthodologies d’inventaire, de collecte et d’évaluation, de celles qui proposent uniquement des logiciels de traitement, d’automatisation ou de visualisation (dashboard), à partir de données de facturation ou de modèles propres en se référant à des méthodologies reconnues (ou pas – ce point est à valider impérativement). Bien que l’outil soit indispensable, la démarche ne peut s’affranchir d’un cadrage et de la mise en place d’une méthodologie en amont.

Au-delà, connaître les pratiques des fournisseurs IT et le bilan carbone de leurs activités peut venir compléter la démarche et permettre de suivre leurs propres progrès dans le temps. Les informations contenues dans les questionnaires du CDP (Carbone Disclosure Project) ou encore dans les bases de données spécialisées comme celles d’AdVaes sur les indicateurs environnementaux des prestataires IT sont d’autres sources d’informations précieuses.
Quelles que soient les approches retenues, évaluer le scope 3 du bilan carbone de l’IT est un projet qui mobilise du temps et des ressources spécifiques, s’inscrit dans la durée par sa dimension récurrente (déclaration annuelle le plus souvent). Les obligations réglementaires à court terme et le manque d’expert.e.s pour accompagner la réalisation de ces projets imposent de ne pas tarder à s’engager dans cette mesure. Celle-ci est par ailleurs l’occasion d’identifier les leviers de réduction possibles et d’agir en conséquence pour contribuer ainsi à la neutralité carbone planétaire.

Tribune rédigée par Emmanuelle Olivié-Paul, présidente et fondatrice d’AdVaes
Emmanuelle Olivié-Paul est présidente et fondatrice d’AdVaes, société de market intelligence et de conseil stratégique opérationnel, spécialisée dans l’analyse des approches de RSE/ESG des prestataires du numérique et de l’écosystème du cloud. Emmanuelle commence sa carrière dans l’industrie pour s’orienter ensuite vers le conseil et l’analyse stratégique, et devient directrice associée de Markess, cabinet dédié aux stratégies numériques. En 2020, elle crée AdVaes. Engagée sur les sujets environnementaux, sociétaux et d’éthique du numérique, elle intervient à des conférences, participe à des groupes de travail, et publie régulièrement des prises de position sur LinkedIn.

 

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